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Interview de Momar Samb SG RTAS dans le journal Pop du jeudi 7 janvier 2016

INTERVIEW DE MOMAR SAMBE SG RTA-S/PÉNCOO RÉEW

Par Idrissa SANE

1- Il paraît que vous avez été fortement critiqué lors de la réunion de BSS sur votre travail au Sep de Bennoo Bokk Yaakaar. Qu’en est-t-il ?

En vérité, du moins tant que j’étais présent, il n’y a vraiment pas de critiques fortes, comme vous dites. Mais plutôt des propos allusifs sans importance.

2- Comment expliquez-vous les remous au sein de Benno Siggil Sénégal où les sons de cloches sont divergents ?

Il s’agit plutôt de l’agitation du même groupe qui s’était élevé contre ma nomination au CESE, en 2013. Je mets cela sur le compte de gens qui ont encore du mal à digérer leur amertume, mais vraiment pas de divergences politiques.

Du reste, lors de la rencontre pour laquelle on vous a rendu compte de manière anonyme, la discussion portait exclusivement sur la question de la rotation de la fonction de coordonnateur de BSS et la “représentation” au sein du SEP de BBY. Il n’y avait aucune discussion sur une question politique de fond.

Derrière la question de principe de rotation des fonctions, ce qui était en jeu pour ses porteurs était, en pratique, de remplacer le coordonnateur et les membres de BSS présents au SEP de BBY. Cela procède donc plus d’ambition personnelle que d’une préoccupation de qualité et d’efficacité dans la gestion de ces fonctions.

Concernant le SEP, il est bon de préciser pour l’opinion que cet organe a été mis en place par le Président de la coalition BBY, lui-même, suite au mandat que lui a confié la conférence des leaders, lors du séminaire de février 2015. Donc, il n’est pas le fait d’une représentation directe et systématique des différentes composantes de BBY, d’une part. D’autre part, le SEP ne fonctionne pas comme une coordination des composantes de BBY, mais comme une instance de régulation, d’élaboration et de suggestion sous la direction de la Conférence des leaders (CL) et de son Président dont il constitue le bras exécutif.

Dès lors, l’attitude dans le SEP consiste à oublier ses origines pour se mettre au service de BBY, mais pas de défense des intérêts de sa coalition ou de son parti. Les lieux dédiés à cela sont la CL, le comité des plénipotentiaires et autres structures où chaque composante est dûment représentée.

Par contre, la Coordination est propre à BSS, mise en place par celle-ci qui peut en décider en toute souveraineté. Cependant, il faudrait bien quand on entend changer le responsable, le faire sur la base d’un bilan précis, surtout dans un esprit constructif.

C’est au nom de cet esprit, que je voudrais appeler certains camarades à la raison, appeler tous les leaders de BSS à se détourner de certaines préoccupations pour mobiliser leurs efforts et leur intelligence sur l’essentiel qui tourne autour des défis qui ont été jusqu’ici les nôtres à BSS :

  • le défi du succès des politiques publiques déroulées par le régime de BBY sous l’autorité du Président de la République, Macky SALL, pour l’émergence dans la dynamique partagée des Assises,
  • le défi de la construction d’un socle de réformes institutionnelles consensuelles et progressistes en cohérence avec les conclusions des Assises nationales et des conclusions de la CNRI,
  • le défi d’un portage populaire victorieux de ce socle au prochain référendum,
  • le défi de concertations sereines et responsables sur la candidature pour la prochaine élection présidentielle.

Car, dans la situation où l’opposition tire sur tout ce qui bouge et où les contraintes internes et externes sont aussi solides, il est une exigence pour tous les acteurs de la deuxième alternance, de BSS en particulier, de rester soudés afin de relever les défis auxquels le pays fait face.

3- Êtes-vous aujourd’hui pour une candidature unique ou plurielle du président Macky Sall ?

Cette question n’est pas encore débattue au sein du RTA-S. Mais, le dernier Bureau politique du parti tenu le 03 janvier dernier a retenu une procédure pour le traitement de la question avant délibération dans les mois à venir. C’est ainsi qu’il a été retenu la mise en place de commissions pour, d’une part, faire l’évaluation systématique des politiques publiques déroulées depuis la prise du pouvoir par BBY dont nous sommes membre, dans les différents domaines de gouvernance : institutionnelle et politique, économique, sociale, etc. D’autre part, recueillir les avis des populations avec lesquelles nous vivions, car pour autant que nous ne faisons pas la politique pour nous-mêmes, mais pour les masses populaires, nous nous devons de saisir et de traiter les avis qu’elles se font sur les politiques en cours, à partir de leur vécu.

Ensuite, nous en discuterons au sein de différents cadres dans lesquels nous intervenons (CDS, BSS, BBY). Car, nous pensons, en dernier ressort, que BBY doit discuter sereinement, dans un délai raisonnable, de cette question afin d’aboutir à un consensus sur une candidature unique ou un accord partagé sur une candidature plurielle.

Pour mémoire, je veux rappeler que c’est ainsi c’est ainsi qu’on avait procédé en 2011-2012, au sein de BSS originel : on avait déterminé les politiques progressistes pour les intérêts exclusifs des populations, identifié une équipe avant de se choisir un capitaine d’équipe.

Il s’agit donc aujourd’hui, tirant les enseignements de notre pratique, préconiser une démarche possible au sein de BBY, consistant par exemple à :

– faire l’évaluation de la réalisation du programme et des engagements de la coalition dans les différents domaines de gouvernance,

– instruire la nécessité d’une candidature unique ou plurielle, au regard de ce bilan et de la réalité politique dans laquelle baigne le pays (niveaux national, régional, continental et international.

4- Que pensez-vous des réformes annoncées par le chef de l’Etat, Macky Sall lors de son discours à la nation ?

Ce sont des réformes progressistes en rapport avec ce qu’on a connu jusqu’ici. La décision du Président, en nous confortant dans l’espoir que nous avons placé en lui (BOKK YAAKAAR), est à saluer pour deux raisons :

1- il vient de démontrer qu’il reste attaché aux conclusions des Assises nationales sur ces questions et à certaines recommandations de la CNRI ;

2- il vient de prouver qu’il demeure attaché à son engagement à réaliser la parole donnée de manière libre et responsable.

Pour le reste, nous en tant que RTA-S/PÉNCOO RÉEW, nous demandons plus, partageant la Charte de gouvernance démocratique, dans le domaine de la séparation entre Chef d’État et chef de parti, dans le domaine de la séparation des pouvoirs exécutif et judiciaire, pour rendre plus effective l’indépendance du pouvoir judiciaire, en s’alignant sur les conclusions des Assises en cohérence avec la recommandation de la CNRI en la matière. Voilà entre autres, des questions essentielles à prendre en compte, en espérant que les concertations vont nous permettre d’y parvenir.

5- La question de la réduction de la durée du mandat du président de la république a suscité une vive polémique depuis que le Professeur Ismaël Madior Fall a dit que le chef de l’Etat est tenu de suivre le conseil constitutionnel ?

Sur cette question, les techniciens du droit, les hommes de l’art sont mieux placés que moi, pour en parler. Ce sont eux qui ont autorité en la matière.

Ce que je puis dire en tant que politique, c’est que l’éthique en politique voudrait, qu’en toute circonstance, l’on dise ce que l’on fait et que l’on fasse ce que l’on dit. Une promesse électorale a la même dignité et la même valeur que la promesse que l’on fait à ses enfants, à ses parents, à ses amis, à ses camarades, à fortiori à tout un peuple. C’EST LA PAROLE D’UN HOMME FACE A D’AUTRES HOMMES.

C’est la dignité de l’homme qui est en jeu, quand il s’engage, sans contrainte aucune, à respecter celle-ci, à rester digne et fidèle à lui-même quoi qu’il puisse lui en coûter. Et cette parole ne lui appartient plus, car elle devient, dès lors qu’elle est prononcée, la propriété de tout un peuple, de millions d’hommes, de femmes et de jeunes qui ont eu la dignité et le courage de placer leur confiance et leur espoir entre les mains fragiles du porteur de parole, porteur de projet social.

Par ailleurs, l’Art 27 de la constitution en vigueur exige, pour tout changement de la durée du mandat présidentiel, une consultation du peuple souverain par référendum. Voici ce que dit cet article :

« La durée du mandat du Président de la République est de sept ans. Le mandat est renouvelable une seule fois.

Cette disposition ne peut être révisée que par une loi référendaire. »

Cela clôt, en mon sens, le débat sur le référendum.

6- Affaire Lamine Diack

A l’état actuel du traitement de la question, L. Diack ne peut pas encore être considéré comme coupable des actes qui lui sont reprochés. Dès lors, il faut se garder de lui jeter la pierre, tout au contraire.

Cependant, ses révélations tendant à introduire l’opposition sénégalaise dans cette affaire, même si elles ne ciblent personne en particulier, malgré l’utilisation politicienne qui en a été faite, me pose problème. Elles constituent une sorte d’incrimination de cette opposition, comme si celle-ci était comptable des actes posés par lui, L.Diack. Cela n’est pas acceptable !